Version finale : à vérifier au prononcé
CONFERENCE IHEDN
13 octobre 2004 - Ministère des Affaires Etrangères
Titre : MADAGASCAR : DIPLOMATIE EMERGENTE
Monsieur le Président,
Messieurs les Auditeurs de l’IHEDN,
Vous dire combien je suis heureux de vous recevoir au Ministère des Affaires Etrangères relève du lieu commun, c’est-à-dire, du constat d’une vérité élémentaire.
Vous savez combien sont profondes les relations entre la France et Madagascar et plus particulièrement entre les Forces Armées Françaises et les Forces Armées Malagasy.
La fraternité entre les membres et les corps de nos armées est une réalité vivante quotidienne, un bien commun à nos deux pays.
C’est donc sous ce signe de la fraternité certes ancienne, toujours actuelle et surtout riche de promesse pour l’avenir que nous avons placé votre visite à Madagascar.
En vous disant TONGASOA - bienvenue à Madagascar, je formule le souhait que malgré les contraintes liées à ce type de voyage, vous ayez l’occasion d’apprécier l’oasis de paix et de développement que nous voulons édifier bien que nous sachions les obstacles que nous opposent la pauvreté de notre population et parfois l’environnement international.
Votre visite auprès des responsables de la défense et des Affaires Etrangères nous offre l’occasion de rendre hommage aux responsables de l’IHEDN.
En effet, la multiplicité voire le caractère infini des formes que peuvent revêtir les menaces surtout dans un contexte de mondialisation et de globalisation justifie la mise en commun des expériences.
Etant un ancien auditeur de l’IHEDN, je sais que cet institut reste et demeure un creuset au sein duquel on apprendra à mesurer et à apprécier la réalité, les limites et contours des menaces à la paix et à la sécurité internationales ainsi que le sens du service et la culture à la paix en Afrique et dans le concert des Nations.
Pourquoi dès lors s’étonner de parler d’une diplomatie émergente puisqu’il faut s’adapter, il faut évoluer et, il faut faire évoluer.
Je cite « Si l’avenir n’a pas toujours donné raison à ceux qui veulent à tout prix changer le présent, il donne tort à ceux qui refusent de s’adapter ».
J’aimerais vous donner quelques indications concernant l’exposé ; celui-ci aura pour but de tracer les pistes de la diplomatie malgache.
· Dans une première partie, j’effectuerai un rapide survol de l’évolution récente de la situation internationale;
· Dans une deuxième partie, seront évoqués les impacts sur les relations entre les pays développés et les pays en développement surtout en matière de coopération : les regroupements régionaux et les nouvelles formes de coopération ;
· nous verrons dans une troisième partie, j’exposerai la stratégie de la diplomatie malgache pour accompagner le développement de Madagascar, en tenant compte des contraintes précédentes ;
· Et enfin, dans une quatrième partie, je vous ferai part des principaux points de vue de Madagascar dans le concert des Nations.
La discussion sera bien évidement ouverte tout au long de votre séjour.
1- PARLONS DE L’EVOLUTION DE LA SITUATION INTERNATIONALE
Il va sans dire, mais cela va mieux en le disant, qu’il est nécessaire de comprendre l’évolution de la situation internationale, il faut savoir bien l’appréhender avant de définir une quelconque stratégie diplomatique. Nous allons effectuer, si vous le permettez, un tour d’horizon rapide des grandes tendances dans le monde. Il ne sera évidemment pas exhaustif et ne concernera pas l’actualité brûlante que vous pouvez suivre quotidiennement dans les média.
1.1- Nous remarquons que la mondialisation est génératrice de distorsions sociales.
Le premier aspect qui frappe est le phénomène de mondialisation, véritable phénomène de société, il agit en profondeur, toutes les activités humaines sont touchées. On ne peut pas dire que la mondialisation soit récente. Mais le développement des moyens de communication ont facilité la circulation des biens, des services et, surtout, des hommes et des idées.
La mondialisation est génératrice d’inégalités. Des conflits apparaissent entre ceux qui intègrent et ceux qui en sont exclus. c’est aussi un processus de redéfinition des relations entre centre et périphérie ( et j’entends par centre les grands centres de décision politico-économique et les sièges des multinationales). Des pays , voire des régions entières, risquent de disparaître dans les zones d’ombre de la mondialisation.
Il y a quatre ans, plus de 150 chefs d’Etat et de Gouvernement ont adopté la déclaration du Millénaire qui constitue de loin l’engagement politique le plus ambitieux jamais pris aux Nations Unies.
Dans cette déclaration, il a été stipulé que la mondialisation est une force positive pour l’ensemble de la population. La mondialisation présente un énorme potentiel à l’heure actuelle, c’est un fait. Mais ses bienfaits sont pour le moment inégalement distribués, alors que ses coûts sont eux aussi inégalement répartis.
Nous sommes convaincus que la mondialisation peut et doit devenir la force qui permet un avenir meilleur pour l’ensemble de nos populations. Malheureusement la mondialisation, sous ses contours actuels, n’est pas à la hauteur de cette promesse. Elle est négative d’un point de vue moral et elle n’est pas durable d’un point de vue politique.
Un rapport intitulé « Une mondialisation juste crée des opportunités pour tous » a été fait. C’est un rapport qui nous parle de changement, un changement qui permettra un véritable dialogue, un rapport qui nous parle également d’un avenir meilleur d’une mondialisation plus juste. C’est à cette fin que la commission appelle à une action centrée sur les personnes car la mondialisation ne pourra être plus juste que si elle répond aux besoins de nos populations.
Pour ce faire nous pensons dès lors que l’Etat nation, demeure le principal acteur de la mondialisation. Il doit contribuer à mettre sur pied les conditions propices à l’épanouissement de nos populations à commencer par la démocratie, le respect des droits de l’homme, l’état de droit, la justice sociale et, bien entendu, la lutte contre la corruption.
Nous avons également besoin du développement durable. Nous devons créer les piliers du développement économique et social ainsi que de la protection environnementale et ceux à tous les niveaux. Il nous faut assurer que ces piliers soient interdépendants et qu’ils se renforcent mutuellement.
Il faudrait enfin que les règles de l’économie mondiale permettent un accès égal pour l’ensemble de nos pays.
Nous savons que de nombreux acteurs travaillent à la réalisation des objectifs économiques et sociaux au niveau mondial, je pense aux organisations internationales, aux gouvernements, parlementaires, entreprises, monde du travail, sociétés civiles, et bien d’autres, vous les connaissez d’ailleurs, nous sommes convaincus que le dialogue et le partenariat constituent un instrument démocratique essentiel à la création d’un monde meilleur.
1.2- Mais nous constatons aussi que la mondialisation est porteuse d’opportunités.
La globalisation de l’économie se caractérise par une archipèlisation, c’est à dire la création d’un archipel de pôles de prospérité et de croissance dans lequel passe l’essentiel de l’économie mondiale. Ces pôles de croissance sont souvent des mégalopoles ou des Etats-cités, des mini-Etats fortement urbanisés, industrialisés et spécialisés dans le domaine des services.
Pourtant certains pays ont su profiter de la globalisation des marchés. La Chine est devenue le premier atelier du monde, l’Inde a investi dans le domaine des services et le Brésil concurrence les Etats-Unis en Amérique du Sud. La Russie entreprend vigoureusement sa reconversion. Ces puissances émergentes, comme on l’appelle le BRIC ( Brésil, Russie, Inde et Chine ) auxquelles il faut ajouter l’Afrique du Sud, revendiquent de nouvelles règles, une place plus conséquente dans le concert des Nations, comme par exemple un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies, pour celles qui n’y sont pas encore.
Avec la disparition de l’antagonisme bipolaire Est-Ouest, les enjeux sont devenus beaucoup plus économiques et technologiques que diplomatico-stratégiques, politiques ou militaires.
Actuellement les Sommets et/ou les réunions internationales ont abandonné les grands thèmes à caractère idéologique. Les problèmes de développement et de lutte contre la pauvreté, la réduction de la dette, le développement durable, d’accès à un marché équitable monopolisent beaucoup les pays et leurs dirigeants dans ces rencontres.
De nouveaux regroupements, à finalité économique, sont apparus. Ils sont essentiellement de deux types :
· De type régional comme le COMESA, la COI, la SADC;
· D’intérêt économique commun comme le G 3 ( Brésil-Inde- Afrique du Sud ), ou le G-20 ( le G 8 plus les pays émergents ), ou d’autres fluctuant suivant les thèmes des différents sommets.
Dans ce dernier ensemble, on ne constate ni affinité historique, ni proximité géographique contrairement au premier qui vise à une intégration régionale.
L’objectif de tous ces regroupements est d’accompagner leurs membres pour une meilleure intégration au commerce mondial, en défendant des intérêts communs. Outre la nécessité de faire bloc pour contrebalancer politiquement les « vieux pays » industrialisés, il y a le fait que les discussions au sein des organismes comme l’OMC sont techniquement difficiles et les petits pays se doivent d’unir leur compétence. Des pays comme le Brésil offrent ainsi leur expertise lors conférences internationales aux pays moins nantis.
Un thème récurrent actuel est la lutte contre le terrorisme, les trafics en tout genre ( drogue, blanchiment, armes ). Outre leur aspect hautement immoral, ces derniers déstabilisent les Etats et constituent une entrave au marché et par conséquent au développement économique et humain.
En effet l’Etat est loin d’avoir disparu de la scène internationale. Le nombre d’Etats juridiquement souverains est passé de moins de 50 en 1945 à plus de 200 actuellement, dont 191 sont membres de l’Organisation des Nations Unies. Les économies nationales se sont transformées ; elles n’ont pas disparu, même si leurs instruments d’intervention ne sont plus nécessairement adaptés à la globalisation des marchés. Elles s’adaptent petit à petit, comme je l’ai dit en introduction.
En réalité, les risques d’atteinte à la souveraineté et à l’autorité de l’Etat proviennent souvent des conflits internes, c’est à dire des hostilités qui pourraient être engagées à l’intérieur des pays même.
Le continent africain peut maintenant réfléchir entièrement à son développement économique et humain, affranchi des luttes pour la décolonisation et l’abolition de l’apartheid.
Enfin, les trente dernières années ont été aussi marquées par la montée en puissance par les Organisations non gouvernementale (ONG). La société civile, les associations communautaires et professionnelles, les groupes de femmes jouent un rôle important dans la mise en ouvre des Objectifs du Millénaire.
2- LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES ET LES NOUVEAUX TYPES DE COOPERATION ECONOMIQUE
La philosophie de la coopération entre le Nord et le Sud a changé depuis les années quatre-vingt. Ce changement s’est accéléré depuis la dernière décennie du 20ième siècle.
Tout d’abord, la bonne gouvernance, l’Etat de droit, la démocratie, la modernisation des textes sur le droit des affaires sont considérés comme des conditions incontournables à toute forme d’aides.
De plus, abandonnant le tête-à-tête traditionnel, les principaux bailleurs de fonds, les pays du Nord et les organisations comme l’Union Européenne, privilégient les formes de coopération avec un groupe, souvent régional, pour plus d’efficacité et de cohérence.
On ne considèrera que quelques unes des organisations régionales, touchant Madagascar de près.
2-1 Les organisations sous-régionales
2-1-1 La Commission de l’Océan Indien ( COI )
elle regroupe cinq pays, avec un marché étroit mais elle a le gros avantage d’être très cohérent. Les pays membres de la COI bénéficient de caractéristiques communes regroupées dans ce qu’on appelle l’ indocéanité. Je citerais particulièrement:
- emploi de la même langue
- mêmes caractéristiques géographiques (nous sommes tous des îles).
- mêmes problèmes rencontrés.
En somme, il s’agit d’une organisation de proximité, à visage humain. Madagascar en assurera la présidence en 2005.
La philosophie qui anime la COI est de contribuer à travers la Coopération Régionale à un développement permanent des Etats membres, en incluant le développement de la diplomatie, de l’économie et de la culture. L’un des objectifs à terme est de développer une Zone de Libre Echange entre les pays membres.
La COI commence à faire entendre sa voix. C’est ainsi que la COI a été désignée comme point focal chargé de la coordination pour les Etats insulaires d’Atlantique, de l’Océan Indien, et de la Méditerranée lors du Sommet des Petits Etats Insulaires en Développement qui se tiendra à l’île Maurice en Janvier prochain.
2-1-2 Le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA)
il compte vingt pays, avec une population approchant les 400 millions d’habitants et un PIB combiné de près de 275,4 milliards de dollars US. Le COMESA offre des opportunités d’échelle, et partant une compétitivité renforcée. L’intégration régionale est déjà très avancée au sein du COMESA. La Zone de Libre Echange ( ZLE ) est effective depuis 2000, l’Union douanière pour fin 2004. Madagascar est membre du COMESA
2-1-3 La Southern African Development Community (SADC)
elle comprend 13 pays membres avec un peu plus de 200 millions d’habitants. Son principal atout est la présence de l’Afrique du Sud mais son programme d’intégration régionale est en retard par rapport au COMESA. Sept pays sur treize sont actuellement membres des deux organisations. Dans les discussions avec la Commission européenne, ces deux organisations s’unissent au sein d’une entité unique, l’ESA ( Eastern and southern Africa ). Madagascar est actuellement membre aspirant de la SADC.
2-1-4 l’Union africaine
la fin du processus de décolonisation et du régime d’apartheid a permis aux Africains de s’atteler à d’autres tâches, à réfléchir entièrement aux problèmes de développement. La transformation de l’OUA en Union africaine, la création de la Commission, l’élaboration et la mise en œuvre du NEPAD illustrent ce tournant au sein de la grande famille africaine.
2-1-5 La Francophonie :
elle essaie de dépasser le cadre purement culturel pour créer une solidarité politique et économique entre ses membres. Un exemple que l’on peut citer est l’idée d’un label « francophone » pour les produits. Le prochain Sommet d’Ouagadougou permettra peut-être de préciser ses nouvelles orientations.
La visite du Secrétaire général de l’Organisation Internationale de la Francophonie, le Président Diouf, est un signe de la vitalité des bonnes relations entre l’OIF et Madagascar. Sur le plan culturel, Madagascar reste dans la mouvance de la francophonie. L’importance de la Francophonie dans le domaine de l’éducation et de la formation est reconnue. Au sein même du Ministère des Affaires étrangères, nous disposons d’un Conseiller technique chargé de la Francophonie qui suit spécialement tous les dossiers relevant de cette entité (Conseil des Ministres de la Francophonie, Conseil permanent et Sommet des Chefs d’Etat).
2-1-6 Les Nations Unies
nous ne parlerons que d’une seule facette du vaste programme des Nations Unies, à savoir l’Alliance Public-Privé des Nations Unies pour le Développement rural. L’Alliance est une initiative des Nations Unies mettant un accent particulier sur le rôle positif que le monde des affaires peut jouer pour le développement. L’ECOSOC (Conseil économique et social) a adopté, en juillet 2004, une résolution présentée par Madagascar soutenant l’Alliance. Madagascar est le premier pays pilote et notre Ambassadeur, Représentant permanent à l’ONU, est le responsable de l’Alliance.
Madagascar est choisi par l’ONUDI comme pays pilote dans la mise en œuvre d’un programme intégré d’appui aux activités génératrices de revenus et d’emplois pour la réduction de la pauvreté
2-1-7 L’Union Européenne
SEM Pierre Protar, nous a fait un exposé magistral sur les programmes de l’Union européenne. On ne saurait trouver meilleur ambassadeur si je puis dire. Je ne vais pas reprendre en plus mal tout ce qui a été si bien dits. Merci Monsieur Protar.
2-2 les nouveaux types de coopération
Les grandes puissances initient actuellement un nouveau type de coopération qui n’est pas strictement bilatérale mais associe un pays avec un groupe régional.
2-2-1 Le Millenium Challenge Account (MCA) :
Le compte du millénaire est un fonds d’aide extérieure conçu par le Gouvernement américain à la suite de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement. Il a été effectivement voté cette année par le Congrès américain et prévoit cinq milliards de dollars US d’ici 2006.
Madagascar fait partie des 16 pays éligibles dans le monde. Parmi les critères d’éligibilité on peut citer la bonne gouvernance, la démocratie, l’Etat de droit. Il s’agit d’accompagner ces pays pour qu’ils mettent en œuvre une politique de croissance économique forte et durable pour lutter contre la pauvreté.
Dans ce cadre Madagascar proposera des programmes pour un développement rural et l’intégration du monde rural dans l’économie de marché international.
2-2-2 AGOA ( Act of Growth Opportunity for Africa )
Cette loi permet à 48 pays africains l’accès au marché américain en franchise de douane et sans contingentement de leurs produits. Nous en sommes à la troisième phase. L’AGOA III, prévue initialement se terminer en 2008 sera prolongée jusqu’en 2015. De plus, les pays éligibles auront encore la possibilité de s’approvisionner en intrants textiles auprès des pays tiers pendant encore trois années, alors que l’accord multifibre aurait dû prendre fin en 2005.
Il est à noter que les industries installées en zones franches, industries essentiellement textiles, à Madagascar bénéficient de ce régime et emploient plus de 130 000 ouvriers.
2-2-3 Tokyo International Conference on African Development (TICAD)
c’est un forum de dialogue direct, initié par le Japon, entre les pays africains et la Communauté internationale. Le TICAD III s’est tenu à Tokyo en octobre 2003. Il appuie notamment les projets du NEPAD.
2-2-4 Le Forum sur la Coopération Sino-Africaine
C’est un plan d’action sur trois ans ( 2004-2006) entre la Chine et l’Afrique. On peut y noter par exemple une décision de la partie chinoise de faire bénéficier du traitement zéro à certains produits en provenance des pays africains les moins avancés pour leur accès au marché chinois. Des négociations sont ainsi lancées pour la liste des pays concernés, celle des produits et les règles d’origine.
2-2-5 La France :
Vous avez eu, je pense, toutes les informations nécessaires.
Juste un mot pour dire que la France est notre premier partenaire bilatéral. Elle intervient aussi au niveau multilatéral par l’intermédiaire de l’Union Européenne où elle est l’un des premiers contributeurs. La France est aussi l’avocat de Madagascar dans les discussions au sein du Club de Paris qui gère les dettes étatiques.
Basée sur le partenariat, la coopération franco-malgache embrasse de nouveaux aspects, telle la coopération au niveau des communes. La décentralisation des projets et de l’aide est effective.
L’on assiste aujourd’hui à une redynamisation de la coopération militaire avec l’exécution de quatre nouveaux projets pour la période 2003-2007 : réorganisation des forces aéro-navales, réorganisation de la logistique et de la maintenance des forces armées malagasy, appui à la capacité opérationnelle de l’armée en matière de service public et de développement. S’ajoute à cela la coopération régionale au sein du FAZSOI.
Cette coopération militaire n’a jamais été arrêtée, et peut être qualifiée de coopération modèle. Il existe aujourd’hui 19 assistants techniques militaires français, travaillant particulièrement dans les écoles.
En conclusion, on peut dire qu’un renforcement de la confiance réciproque est perçu, et qu’il existe une volonté, de part et d’autre, d’œuvrer pour l’efficacité des relations entre les deux pays. Mais surtout un nouveau concept de partenariat où chacun doit reconnaître ses responsabilités, a vu le jour.
2.2.6- banque mondiale et fmi
Les institutions de Bretton Woods jouent un rôle clef, en matière de négociation avec le Club de Paris. Madagascar entretient actuellement de très bonnes relations avec ces différents bailleurs de fonds.
Concernant les relations avec la Banque Mondiale, notre pays a, dans le cadre de l’IPPTE (Initiative pour les pays très endettés), atteint le point de décision en 2000 et obtenu en 2001 une réduction de 50 % du service de la dette. Après l’adoption du DSRP en 2003, et la présentation de celui-ci, M/car a mis en œuvre la politique définie dans ce document et devrait bénéficier, si tout se passe bien, d’une réduction de 90% du stock de la dette.
Pour ce qui est du Fonds monétaire international, nous entretenons un rapport constant et le FMI a envoyé récemment à Madagascar une mission pour évaluer les performances du gouvernement en matière budgétaire , monétaire et structurelle.
Les résultats de cette mission du FMI couplés la présentation de la réalisation des engagements du gouvernement pour la réduction de la pauvreté permettra la présentation du point d’achèvement aux conseils d’administration du Fmi et de la Banque mondiale.
3- ORIENTATIONS DE LA DIPLOMATIE MALGACHE
La première mission de la diplomatie malgache en 2002 a été la reconnaissance du nouveau pouvoir par la Communauté internationale. Nous avons passé ce cap en 2003. Nous avons donc laissé derrière nous une année douloureuse pour Madagascar. Une année qui a mis à rude épreuve l’existence, l’unité, la solidarité et l’espérance de notre Nation, de chaque citoyen ou des amis de ce pays.
Ce passé immédiat est trop récent pour que nous puissions en parler avec détachement car nous risquerons de briser l’élan vers le développement rapide et durable.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
L’occasion m’est aujourd’hui offerte de mettre au clair nos relations avec le monde extérieur en général. Le peuple malgache, tout au long de son histoire, a connu échecs ou régression lorsqu’un mode culturel unique lui a été imposé. Notre nation n’a pas attendu les révélations de la mondialisation pour comprendre l’intérêt de l’ouverture au monde, au village planétaire, sans pour autant renoncer à son identité. Cette ouverture n’a pas pour autant signifié aliénation, c’est-à-dire copie servile des modèles étrangers mais au contraire acculturation, non pas au sens négatif, mais au sens de réception d’autres cultures pour un enrichissement.
Mesdames et Messieurs,
Notre insularité n’est donc pas synonyme d’isolement.
C’est pourquoi, notre nouveau dispositif diplomatique qui est en place répond à notre entrée dans une ère nouvelle qui porte Madagascar à considérer avec la plus grande attention la valeur primordiale des actions communes et multilatérales avec les nations du monde pour éradiquer les misères, la famine et les injustices chez elle comme chez les autres.
Le développement rapide et durable, qui est notre maître mot, s’inscrit dans cette logique humaine. Dans cette optique, Madagascar invite la communauté internationale à redoubler d’effort pour résoudre la question d’une meilleure répartition des richesses de la planète et d’une assistance technique et scientifique plus équitable.
Comme nous l’avons dit précédemment, il ne faut plus que le phénomène de globalisation des marchés ou de mondialisation de certaines valeurs prétendument dominantes continue d’entraîner des fractures de toutes natures :
§ Si le monde en se rétrécissant était un « village » , il ne faut pas qu’il se réduise à l’hégémonie des grands groupes qui contrôlent de façon exclusive les médias , les moyens de transports, l’industrie de la culture ou le marché des arts ;
§ Peut-on réellement concevoir sans questionnement éthique et moral un marché planétaire où le partage inégal des ressources serait la règle, où certains flux du commerce international serait dominés par telle Triade ou par telle organisation mafieuse ?;
§ La spirale de la spéculation comme le cancer de la corruption ont formé une certaine sphère financière impénétrable et il est temps qu’au moyen d’un juste encouragement aux investissements directs productifs et pérennes, ces fléaux soient éliminés ;
§ Le renforcement des moyens des organisations intergouvernementales, ou encore la montée en puissance des ONG internationale comme la prise de conscience grandissante de ce qu’il convient sans doute d’appeler maintenant l’« opinion publique internationale » sont autant de phénomènes encourageants pour la Paix.
Pourtant, le surarmement , la course aux armements et leur commerce florissant continuent d’entretenir des foyers de conflit, font naître une Géopolitique du chaos, fragmentent les régions du monde, et exacerbent les esprits.
Malgré ces sujets d’inquiétudes, nous voulons être résolument optimistes, constructifs et déterminés à agir avec tous les Etats démocratiques du monde dans un élan de solidarité internationale.
Or, il se trouve que dans des domaines d’une particulière acuité les intérêts des Nations convergent.
C’est en particulier le cas en matière d’environnement.
§ La lutte contre l’effet de serre nous amène à demander une plus stricte application du Protocole de Tokyo signé en 1997. En effet, une déforestation galopante, une raréfaction des ressources, en particulier l’eau, et un changement climatique radical entraîneront des catastrophes à grande échelle ; autant de dangers qui concernent chacun de nos pays ;
§ L’état sanitaire de nos pays constitue un autre défi majeur qu’il convient de relever ensemble. En l’an 2000, les Nations Unies avaient lancé une campagne mondiale : « la santé pour tous ».
Aujourd’hui, malgré une réelle mobilisation et l’heureuse initiative prise en 2001 PAR Monsieur KOFI ANNAN, Secrétaire Général des Nations Unies, qui avait crée un Fonds mondial pour la lutte contre le Sida , la Tuberculose et le Paludisme, les succès sont encore rares.
La géopolitique nous amène par ailleurs à nous déterminer quant à notre rôle dans le concert des nations.
Madagascar bénéficie en Océan Indien occidentale d’une position stratégique qui la place en avant-poste, notamment pour la lutte contre le terrorisme international, et pour reprendre une expression de l’ancien Président d’Afrique du Sud Monsieur DE KLERK, Madagascar doit sans doute assumer « un rôle leader » dans cette partie du monde où, en effet , sa spécificité afro-asiatique lui assigne des responsabilités particulières.
Parmi elles, nous mettons en premier les avancées démocratiques.
De notre expérience récente, on sait que ces avancées sont fragiles. Les libertés politiques, civiles et religieuses sont menacées partout dans le monde alors même que Madagascar a désormais accédé au rang de pays libre où la citoyenneté est devenu une réalité quotidienne. En effet, non seulement la démocratie électorale a progressé, mais l’exercice réel, de la souveraineté populaire est un fait, les dernières élections générales l’ont prouvé.
Il n’en demeure pas moins que l’adéquation entre démocratie et progrès social doit être assurée.
Elle le sera d’autant plus fortement si nous continuons d’agir ensemble par des actions incisives au sein des organisations intergouvernementales dont nous sommes membres.
4- LA VOIX DE MADAGASCAR
Dans cette dernière partie, nous allons donner la position de Madagascar
1 - Terrorisme
Pour Madagascar, il ne peut y voir d’exception idéologique, politique, religieuse ou autre pour condamner et lutter contre le terrorisme. L’approche doit être mondiale, continue et non pas sélective ni de courte durée. Il faut lutter non seulement contre le terrorisme mais également contre ceux qui le soutiennent, qui le financent et l’accueillent. Les moyens d’action de l’ONU ne doivent pas seulement se faire au sein du Conseil de Sécurité et des comités anti terroriste mais également au sein de l’Assemblée Générale et de ses comités.
Madagascar a signé toutes les Conventions relatives à la lutte contre le terrorisme, que ce soit à l’Organisation des Nations Unies qu’à l’Union Africaine.
2 - Réforme des Nations Unies
Madagascar considère que les réformes de l’ONU doivent être un processus continu comprenant des éléments tels que la redynamisation de l’Assemblée Générale, le renforcement du Conseil Economique et Social, la réforme du système administratif, la réforme du processus de planification et budgétaire, l’extension du Conseil de Sécurité et la réforme de ses méthodes de travail. L’objectif du processus de réforme doit consister à améliorer le bon fonctionnement et l’efficacité de l’Organisation et la rendre plus apte à répondre aux problèmes des pays en développement qui constituent la grande majorité de ses membres.
3 - Restructuration du Conseil de Sécurité
La Déclaration du Millénaire a réaffirmé l’engagement des Etats membres à restructurer en profondeur le Conseil de Sécurité. Madagascar est convaincue que l’extension du Conseil doit concerner les catégories aussi bien permanentes que non permanentes afin de prendre en compte les aspirations légitimes des pays en développement.
4- Irak
Madagascar a toujours souhaité un règlement du conflit par l’entremise des Nations Unies. Comme nous l’avons dit il y a plus d’un an, il faut gagner la paix. Elle est plus difficile. Nous soulignons le rôle central des Nations Unies dans le processus de reconstruction.
5 - Moyen Orient
Le cycle continu de violence et l’absence de progrès dans l’application de la feuille de route au Moyen Orient sont inquiétants. Madagascar avait soutenu l’avis de la Cour Internationale de Justice ainsi que la résolution de l’Assemblée Générale sur cet avis. Madagascar soutient les efforts du Quartet sur la mise en œuvre de la feuille de route.
6- Afrique
Les conflits continuels dans la région des Grands Lacs, en Afrique de l’Ouest et plus récemment au Soudan représentent un défi pour la capacité du système des Nations Unies. Ces situations ont également provoqué une importante augmentation des envois de troupes de l’ONU pour le maintien de la pais, nécessitant la mobilisation d’importantes ressources aussi financières qu’humaines. Nous apprécions le rôle constructif de l’Union Africaine et des organisations régionales dans leurs actions tentant à résoudre certains de ces conflits.
7 - Opération de maintien de la Paix .
Les opérations de maintien de la paix se sont élargies au-delà de leur rôle traditionnel pour inclure la loi et l’ordre. Le contrôle accru des organisations régionales et sous régionales sous forme de mandats et de responsabilités constitue également un fait récent.
La mise en place du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine ainsi que la constitution de la Brigade spéciale seront d‘une grande aide dans la gestion des crises. Madagascar a participé au suivi de la transition pour achever le processus de Fomboni aux Comores. Le Premier Ministre a dirigé la délégation malgache lors du Sommet pour la réconciliation entre les îles qui s’est tenu à Moroni en décembre 2003. Nous avons envoyé des observateurs civils et militaires durant les élections législatives de cette année.
8 - Les Droits de l’Homme
En tant que pays démocratique, nous attachons une importance aux sujets tels que la tolérance et le pluralisme, le progrès dans la protection des droits des enfants et des femmes, la liberté de la presse, l’indépendance des institutions nationales pour les droits de l’homme. Madagascar est convaincue que la coopération internationale est un important facteur d’achèvement des droits de l’homme pour tous.
9- Les problèmes humanitaires
Madagascar continuera à insister sur la première responsabilité des gouvernements nationaux dans la gestion des urgences humanitaires survenant sur le territoire. L’intervention des agences internationales devrait survenir à la demande des gouvernements nationaux. Les principes régissant l’assistance humanitaire doivent continuer à former la base de la coopération par la communauté internationale..
10- Problèmes économiques
Madagascar attache une grande importance aux étapes à suivre pour parvenir à plus d’équité dans les relations économiques internationales et les structures de prise de décision des institutions de commerce international, monétaires et financières. L’éradication de la pauvreté constitue la première priorité des pays en développement et devrait continuer à recevoir la plus haute attention de la part des Nations Unies et de la communauté internationale.
Monsieur le Président,
Messieurs….
Je voudrais terminer mes propos en vous exprimant nos remerciements pour l’intérêt que vous avez à l’égard de Madagascar.
Et que votre visite de ce jour prouve.
Votre présence est pour nous un témoignage de soutien pour les actions que nous menons modestement dans la limite de nos faibles ressources ; lutte contre la pauvreté, éducation à la paix, partage avec nos frères de la région et du monde.
Je vous souhaite un séjour utile, agréable et fructueux à Madagascar.